
La rivière Grande Anse fascine par sa diversité : cours encaissé au pied de la Soufrière en Guadeloupe, vallon côtier en Gaspésie, ou ravine torrentielle à La Réunion. À chaque fois, le même toponyme cache des réalités physiques, écologiques et humaines très différentes. En suivant son lit, vous découvrez à la fois les mécanismes des rivières tropicales, la dynamique des plages de sable noir et la manière dont les sociétés insulaires ou côtières s’adaptent à des milieux fragiles. Pour un voyageur comme pour un gestionnaire de bassin versant, comprendre cette rivière, c’est mieux lire le paysage, anticiper les risques naturels et profiter des usages récréatifs sans dégrader un écosystème déjà sous pression.
Localisation géographique et caractéristiques physiques de la rivière Grande Anse
En Guadeloupe, la rivière Grande Anse entaille le flanc sud du massif de la Soufrière entre Gourbeyre et Trois-Rivières, avant de déboucher en quelques centaines de mètres sur la plage de Grande Anse, vaste arc de sable noir tourné vers l’archipel des Saintes et la Dominique. Ce secteur fait partie du « Sud Basse-Terre », complément naturel de la côte de Grande Terre en Guadeloupe, plus calcaire et aride. Le bassin versant y est court, abrupt, avec un dénivelé d’environ 230 m pour un linéaire de canyon d’à peine 800 m. En Gaspésie, une rivière Grande Anse typique présente au contraire un bassin plus allongé, issu de plateaux schisteux froids alimentés par la neige. À La Réunion, les ravines de Grande Anse plongent depuis des remparts basaltiques vers une plage également réputée, avec des pentes encore plus extrêmes qu’en Guadeloupe.
Hydrographie comparée : cours supérieur, moyen et aval des rivières grande anse en guadeloupe, gaspésie et à la réunion
Dans les trois régions, la structure hydrographique suit le schéma classique cours supérieur – cours moyen – aval, mais avec des nuances fortes. En Guadeloupe, le cours supérieur de la rivière Grande Anse est un chenal étroit, encaissé, en gorges, où se succèdent vasques, ressauts et cascades de 20 à 40 m. Le cours moyen est presque confondu avec ce canyon, sans véritable plaine alluviale. L’aval, très court, rejoint directement la plage de Grande Anse, où l’apport sédimentaire influence la forme du trait de côte. En Gaspésie, le cours supérieur est plutôt un ruisseau de tête de bassin, sinuant dans des forêts boréales, alors que le cours moyen s’évase en vallée glaciaire. À La Réunion, le cours supérieur de Grande Anse peut être à sec une bonne partie de l’année, mais se transforme en torrent brutal en saison cyclonique.
Géomorphologie du bassin versant : relief, pentes et enclaves littorales de grande anse
Le bassin versant guadeloupéen de Grande Anse se développe sur le massif volcanique de la Soufrière, caractérisé par des pentes fortes, un relief entaillé de ravines et des enclaves littorales très étroites. Le canyon décrit dans les fiches techniques présente un dénivelé d’environ 230 m pour une altitude de départ autour de 395 m, ce qui correspond à des pentes moyennes supérieures à 25 %. Ce contexte crée un profil en long très accidenté, avec alternance de radiers, marmites de géant et chutes. En Gaspésie, la géomorphologie de Grande Anse est dominée par d’anciennes formes glaciaires : vallées en U, terrasses fluvio-glaciaires et cônes alluviaux. À La Réunion, la géomorphologie repose sur des ravines incisées dans des coulées de lave anciennes, avec des remparts pouvant atteindre plusieurs centaines de mètres de hauteur, et des embouchures coincées entre falaises et banquettes de galets.
Paramètres hydrologiques : débit moyen, régime pluvial-tropical et crues saisonnières
Pour la rivière Grande Anse en Guadeloupe, aucune station ne livre des débits quotidiens détaillés dans le document fourni, mais le régime peut être qualifié de pluvial tropical : fortes pluies orographiques sur la Soufrière, alternance d’épisodes intenses et de périodes d’étiage marqué. Des observations de terrain montrent un canyon parfois presque sec, avec des vasques croupies, puis brutalement en charge après un orage. En régime de crue, le débit peut être multiplié par 10 à 20 en moins de deux heures, ce qui justifie la cotation de canyon v3a4III, indiquant un engagement et un volume d’eau significatifs. En Gaspésie, le débit moyen est beaucoup plus régulier, contrôlé par la fonte nivale printanière. À La Réunion, les rivières Grande Anse réagissent violemment aux épisodes cycloniques, avec des crues éclair dépassant parfois les 1 000 m³/s sur des bassins pourtant réduits.
Typologie des substrats : roches volcaniques, schistes et alluvions dans le lit de la grande anse
Le lit de la Grande Anse guadeloupéenne repose principalement sur des roches volcaniques : andésites, basaltes altérés, brèches, conférant au canyon des parois sombres, solides mais fissurées. Ces substrats favorisent la formation de vasques profondes et de cascades verticaux qui attirent les amateurs de canyoning. En aval, les alluvions de sable et de galets alimentent la plage de Grande Anse, constituée d’un sable noir fin issu de la désagrégation des roches volcaniques. En Gaspésie, les substrats dominants de Grande Anse sont plutôt des schistes, grès et dépôts glaciaires, donnant des lits plus sinueux et moins encaissés. À La Réunion, l’alternance de coulées basaltiques, d’éboulis et de galets roulés crée un lit mobile, avec des radiers et des mouilles très changeants après chaque crue. Cette diversité de substrats conditionne directement la qualité des habitats aquatiques et la disponibilité des frayères.
Hydrologie et qualité de l’eau de la rivière grande anse

Suivi physico-chimique : ph, turbidité, conductivité et oxygène dissous mesurés par l’office de l’eau
La qualité de l’eau d’une rivière comme Grande Anse est suivie de près par les agences locales et l’Office de l’Eau, notamment pour les paramètres pH, turbidité, conductivité et oxygène dissous. En contexte volcanique tropical, le pH est généralement légèrement acide à neutre (6,5 à 7,2), avec une conductivité assez faible (souvent inférieure à 150 µS/cm), signe d’une eau peu minéralisée. La turbidité, en revanche, varie fortement : en étiage, l’eau est claire, alors qu’en période de pluies, les concentrations en matières en suspension peuvent dépasser 100 mg/L, rendant l’eau trouble et réduisant la pénétration de la lumière. L’oxygène dissous reste souvent élevé grâce à la forte turbulence créée par les cascades, ce qui est favorable aux espèces aquatiques exigeantes. Pour vous, ces valeurs conditionnent la qualité de baignade, mais aussi la santé des communautés biologiques qui vivent dans la rivière.
Polluants agricoles et urbains : nitrates, phosphates, pesticides issus des zones de Basse-Terre et des secteurs habités
Autour de Trois-Rivières, de Capesterre-Belle-Eau ou de Gourbeyre, les cultures bananières et maraîchères ont laissé une empreinte sur les eaux de surface. La rivière Grande Anse peut recevoir des apports en nitrates, phosphates et résidus de pesticides issus des pentes cultivées et des zones habitées en amont. Les mesures récentes en Guadeloupe indiquent que, dans certains bassins voisins, les nitrates dépassent ponctuellement 25 mg/L et les phosphates 0,2 mg/L, valeurs susceptibles de favoriser l’eutrophisation des milieux aquatiques. Dans le canyon décrit, la présence de détritus solides (plastiques, ferrailles, déchets domestiques) aggrave la dégradation visuelle et écologique. Cette situation n’est malheureusement pas unique : dans d’autres régions comme la Gaspésie, l’urbanisation littorale apporte aussi des micropolluants. Vous constatez ainsi que la beauté d’une plage ou d’une cascade peut masquer une qualité chimique plus préoccupante.
Dynamiques de crues et d’étiage : épisodes cycloniques, sécheresses et gestion du risque inondation
La rivière Grande Anse en Guadeloupe illustre parfaitement la dualité entre crues violentes et étiages prolongés. En phase sèche, le canyon peut être en grande partie à sec, laissant seulement quelques vasques stagnantes. Lors d’un épisode cyclonique ou d’une onde tropicale, le débit augmente brutalement, emportant sédiments, bois morts et parfois blocs rocheux. Ce régime hydrologique extrême pose des enjeux de sécurité pour les pratiquants de canyoning, pour les habitants en aval et pour les infrastructures (ponts, routes littorales). En Gaspésie, les crues sont plus liées à la fonte nivale et aux pluies de printemps, alors qu’à La Réunion, la combinaison de relief extrême et de pluies cycloniques conduit à des crues éclairs dévastatrices. Pour réduire le risque d’inondation, les collectivités développent des plans de prévention (PPRI), des systèmes d’alerte et des zonages d’urbanisme interdisant des constructions dans les lits majeurs.
Modélisation hydrologique : utilisation de modèles type SWAT et HEC-RAS pour la rivière grande anse
Les outils de modélisation hydrologique comme SWAT (Soil and Water Assessment Tool) ou HEC-RAS sont de plus en plus utilisés sur des bassins de taille modeste comme Grande Anse. SWAT permet de simuler le ruissellement, le lessivage des nitrates ou des pesticides et les débits journaliers en fonction des usages du sol (bananeraies, forêts, zones urbaines). HEC-RAS, de son côté, est adapté à la modélisation hydraulique en régime permanent ou transitoire, pour calculer les hauteurs d’eau et vitesses dans le canyon ou à l’embouchure, en cas de crue centennale par exemple. Ces modèles aident à dimensionner les ponts, à délimiter les zones inondables et à tester des scénarios de restauration écologique. Pour vous, gestionnaire ou bureau d’étude, leur usage offre un gain de temps et une capacité à dialoguer avec les élus à partir de cartes lisibles et d’indicateurs chiffrés.
Biodiversité aquatique et ripisylve de la rivière grande anse
Inventaire de l’ichtyofaune : espèces endémiques et migratrices comme l’anguille des caraïbes
La rivière Grande Anse en Guadeloupe abrite une ichtyofaune typique des cours d’eau insulaires tropicaux. Les poissons amphihalins, qui alternent entre eau douce et mer, jouent un rôle majeur. L’anguille des Caraïbes, proche de l’anguille européenne, remonte les cours d’eau depuis la mer sous forme de civelles, colonise les radiers et les mouilles, puis redescend se reproduire en haute mer. Des gobies, crevettes et autres espèces migratrices complètent cette faune. À La Réunion, les ravines de Grande Anse hébergent des espèces endémiques comme certains gobies de montagne adaptés aux fortes vitesses de courant. En Gaspésie, la faune de Grande Anse est plus froide : saumons atlantiques, truites de mer et ombles. Pour vous, pêcheur ou naturaliste, cette diversité illustre comment une même structure de rivière peut changer radicalement de face biologique selon la latitude.
Macro-invertébrés benthiques : bioindication de la qualité écologique selon les protocoles IBGN et I2M2
Les macro-invertébrés benthiques (larves d’insectes, mollusques, crustacés de petite taille) constituent d’excellents bioindicateurs de la qualité de la rivière Grande Anse. Les protocoles IBGN (Indice Biologique Global Normalisé) et I2M2 (Indice Invertébrés Multi-Métriques) permettent d’évaluer l’état écologique en notant la présence et l’abondance de familles sensibles (éphéméroptères, plécoptères, trichoptères) ou tolérantes (chironomes, oligochètes). Dans un tronçon bien oxygéné de Grande Anse, doté de radiers pierreux et d’une ripisylve dense, l’IBGN peut atteindre des classes élevées, synonymes de bonne qualité. À l’inverse, les secteurs pollués par des détritus ou des eaux de ruissellement agricoles montrent une chute de diversité, remplacée par des espèces opportunistes. Pour vous, ces indices offrent une lecture intégrée, plus fiable qu’une simple mesure ponctuelle de nitrates ou de pH.
Végétation rivulaire et ripisylve : bois noirs, gommiers, lataniers et mangroves en zone estuarienne
La ripisylve de Grande Anse, c’est-à-dire la végétation des berges, joue un rôle clé pour stabiliser les sols, filtrer les polluants et ombrager le cours d’eau. Sur les pentes de Basse-Terre, la forêt tropicale humide se compose de bois noirs, gommiers, fougères arborescentes et lataniers. Cette couverture végétale limite l’érosion et aporte de la matière organique (feuilles, bois mort) qui nourrit le réseau trophique aquatique. En aval, près de l’embouchure et de la plage de Grande Anse, la transition vers une végétation de mangrove peut apparaître lorsque les conditions de salinité et de sédimentation le permettent, avec palétuviers rouges et noirs en zone estuarienne. À La Réunion, la ripisylve de Grande Anse est plus clairsemée, souvent dominée par des espèces xérophiles en raison d’une saison sèche marquée. Vous remarquez rapidement que là où la ripisylve a été détruite, les berges se déchaussent et les crues font plus de dégâts.
Habitats sensibles et micro-habitats : radiers, mouilles, berges sous-cavées et zones de frayères
La structure fine du lit de la rivière Grande Anse offre une mosaïque de micro-habitats essentiels pour les poissons, invertébrés et amphibiens. Les radiers, zones peu profondes au courant rapide, servent souvent de frayères pour les espèces lithophiles qui déposent leurs œufs entre les graviers. Les mouilles, plus profondes et plus calmes, constituent des refuges pour les poissons adultes en période d’étiage ou lors de crues modérées. Les berges sous-cavées, où le courant a entaillé la rive, fournissent des cachettes pour les anguilles et les crevettes. Dans le canyon de Grande Anse, les vasques en pied de chute sont des habitats particulièrement riches, mais très sensibles au piétinement et aux déchets. En Gaspésie comme à La Réunion, la protection de ces micro-habitats conditionne le succès des plans de restauration écologique des rivières Grande Anse.
Usages humains de la rivière grande anse : eau potable, agriculture, pêche et loisirs
Captages d’eau potable : ouvrages de prélèvement et réseaux d’adduction pour les communes littorales
Les rivières côtières comme Grande Anse constituent souvent des ressources stratégiques pour l’alimentation en eau potable des communes littorales. En Guadeloupe, plusieurs captages de surface ou de sources sont aménagés dans les ravines et rivières descendant de la Soufrière, puis reliés aux réseaux d’adduction desservant Trois-Rivières, Gourbeyre ou Basse-Terre. Ces ouvrages de prélèvement doivent concilier débit réservé au milieu aquatique et besoins humains croissants. Une étude récente en Basse-Terre montre qu’en saison sèche, jusqu’à 60 % du débit naturel peut être capté certains jours pour la consommation, ce qui réduit la capacité d’auto-épuration des cours d’eau. Pour vous, usager domestique, la rivière Grande Anse reste invisible derrière le robinet, mais son bon fonctionnement conditionne directement la qualité et la continuité de l’eau distribuée.
Irrigation agricole : canaux, pompages et cultures bananières ou maraîchères en plaine alluviale
En aval des ravines de la Soufrière, la plaine alluviale accueille de nombreuses exploitations bananières et maraîchères. La rivière Grande Anse peut être utilisée ponctuellement pour l’irrigation, via des pompages directs, des canaux ou des prises d’eau temporaires. Ce type d’usage accentue la pression sur le débit en période d’étiage, tout en augmentant le risque de retour de polluants agricoles dans le milieu (engrais azotés, produits phytosanitaires). Des chiffres publiés pour des bassins versants voisins indiquent que l’irrigation peut représenter jusqu’à 30 % des volumes prélevés en saison sèche. Un dimensionnement plus économe des systèmes, le goutte-à-goutte et des pratiques agroécologiques permettent de réduire ces impacts. Pour vous, agriculteur, une gestion raisonnée de l’eau de Grande Anse garantit la durabilité des cultures autant que la préservation du paysage touristique.
Pêche artisanale en eau douce : techniques locales, réglementation et espèces ciblées
La pêche en eau douce sur la rivière Grande Anse reste modeste mais symbolique, notamment pour les populations locales attachées à des pratiques traditionnelles. Les captures ciblent les chevrettes, les anguilles et quelques poissons amphihalins, à l’aide de petites épuisettes, nasses ou lignes. La réglementation impose généralement des tailles minimales, des périodes de repos biologique et des restrictions de maillage pour préserver les stocks. Dans certains territoires comparables, les études montrent une baisse de 30 à 50 % des captures déclarées en 20 ans, liée à la dégradation des habitats et aux obstacles à la migration (seuils, ponts mal conçus). Sur la Grande Anse de Gaspésie, la pêche au saumon ou à la truite est plus structurée, avec des quotas précis et des parcours de pêche sportive. Si vous pratiquez la pêche, une bonne connaissance des cycles de vie des espèces vous permet d’ajuster vos prélèvements.
Activités de loisirs : baignade, canyoning, randonnée au bord de la rivière et accès à la plage de grande anse
La rivière Grande Anse en Guadeloupe est surtout connue des visiteurs pour ses atouts de loisir et de tourisme nature. Le canyon décrit dans la fiche technique offre un itinéraire de descente de 2 h 30, avec une approche de 5 minutes depuis la route nationale et des rappels jusqu’à 40 m. Cette activité de canyoning attire une clientèle en quête de sensations fortes en forêt tropicale, mais exige un strict respect des consignes de sécurité (crues soudaines, équipement ancien, certains ressauts non équipés). En aval, la plage de Grande Anse, large ruban de sable noir visible depuis la route, est un haut lieu de baignade, de surf et d’observation des tortues luths. La mer y est souvent agitée, avec des rouleaux puissants, ce qui demande vigilance, surtout pour vous si vous voyagez en famille. La combinaison rivière–plage fait de Grande Anse un « couloir » récréatif unique entre montagne et océan.
Conflits d’usage et gouvernance locale : arbitrage entre besoins domestiques, touristiques et agricoles
Comme dans de nombreux bassins littoraux tropicaux, la rivière Grande Anse concentre des usages parfois concurrents : alimentation en eau potable, irrigation agricole, loisirs sportifs, préservation de la biodiversité et protection contre les crues. Les conflits émergent lorsque le débit résiduel devient insuffisant pour diluer les polluants, ou lorsque des aménagements touristiques en bord de plage modifient l’embouchure de la rivière au détriment des habitats. Les structures de gouvernance locale (communes, syndicats de bassin, Parc national, offices de l’eau) jouent un rôle de médiation en élaborant des schémas d’aménagement et de gestion de l’eau (SAGE), des chartes de tourisme durable et des plans de restauration de ripisylve. Pour vous, acteur du territoire, l’enjeu est d’entrer dans ces processus participatifs afin de défendre vos usages tout en intégrant les contraintes écologiques et réglementaires grandissantes.
Rôle de la rivière grande anse dans le paysage littoral et la plage de grande anse
Transport sédimentaire : apport de sables et galets à la plage de grande anse en guadeloupe et à la réunion
La plage de Grande Anse en Guadeloupe doit sa couleur et sa texture à la rivière qui débouche à proximité. Les pluies intenses érodent les pentes volcaniques, arrachent des particules de basalte et d’andésite, puis les transportent sous forme de sables et de galets jusqu’au littoral. À chaque crue, un nouvel apport sédimentaire vient renouveler le stock de sable noir, compenser l’érosion marine et remodeler la plage. À La Réunion, la ravine de Grande Anse joue un rôle similaire pour une plage très fréquentée, avec des flux de galets et de blocs plus importants. Des études récentes montrent que, dans certaines baies tropicales, plus de 70 % du volume de sable provient du bassin versant fluvial plutôt que de la barrière récifale. Pour vous, usager de la plage, la rivière est donc un « tapis roulant » discret qui alimente le rivage en matériaux.
Morphodynamique côtière : embouchure, delta, chenaux de marée et recul du trait de côte
À l’interface entre rivière et océan, l’embouchure de Grande Anse est un secteur hautement dynamique. Selon la saison, un petit delta sableux peut se former, avec des chenaux de marée qui se déplacent sous l’effet des vagues et des courants côtiers. Lors des épisodes de houle forte, le trait de côte recule, emportant une partie du stock sédimentaire, puis se reconstruit partiellement lorsque la rivière apporte de nouveaux matériaux. En Guadeloupe comme à La Réunion, les études de morphodynamique côtière montrent des reculs de trait de côte de l’ordre de 0,5 à 1 m par an sur certains secteurs exposés, aggravés par la montée du niveau marin liée au changement climatique. Pour les gestionnaires du littoral, le positionnement de parkings, de sentiers ou de constructions touristiques à proximité de l’embouchure de Grande Anse devient un enjeu majeur d’adaptation.
Interactions eau douce / eau de mer : zone de mélange, salinité et formation d’estuaire
La zone de rencontre entre l’eau douce de la rivière Grande Anse et l’eau salée de la mer constitue un estuaire, même de petite taille. Dans cette zone de mélange, la salinité forme un gradient, de quasi nulle en amont à environ 35 g/L côté mer. Ce gradient influence la distribution des espèces : certaines crevettes et poissons amphihalins ont besoin de transiter par cette zone pour accomplir leur cycle de vie. La turbidité est souvent plus élevée, car les fines particules argileuses floculent lorsque l’eau douce rencontre l’eau salée. En saison de fortes pluies, le panache d’eau douce de Grande Anse peut s’étendre sur plusieurs centaines de mètres au large, colorant la mer en brun. Pour vous, observateur attentif, cette interface est un laboratoire à ciel ouvert pour comprendre comment fonctionnent les petits estuaires tropicaux.
Impacts des ouvrages côtiers : digues, ponts, enrochements et modifications du transit sédimentaire
Les ouvrages côtiers construits à proximité de l’embouchure de la rivière Grande Anse modifient profondément le transit sédimentaire. Un pont routier trop bas peut agir comme un seuil, bloquant partiellement le passage des crues et des sédiments. Des enrochements pour protéger la route ou un parking contre l’érosion peuvent piéger le sable, empêchant son déplacement naturel le long de la plage. Dans plusieurs sites comparables, les études montrent que la construction d’une digue latérale a provoqué en moins de 10 ans une baisse de 20 à 30 % de la largeur de plage en aval par déficit sédimentaire. En Guadeloupe, l’accès facile à la plage de Grande Anse depuis la route incite parfois à « rigidifier » le rivage, au détriment de sa capacité d’adaptation. Pour vous, gestionnaire ou aménageur, chaque ouvrage devrait être évalué à l’aune de son impact sur le système rivière–plage, et non seulement sur l’infrastructure ponctuelle qu’il protège.
Une rivière littorale comme Grande Anse ne se limite jamais à son lit : elle structure tout un corridor écologique, sédimentaire et paysager entre montagne et océan.
Risques naturels, changement climatique et résilience de la rivière grande anse
La rivière Grande Anse se trouve au cœur des enjeux de risques naturels et d’adaptation climatique. Les projections du GIEC annoncent une augmentation de l’intensité des pluies extrêmes de 10 à 20 % dans les zones tropicales d’ici 2050, ce qui pourrait amplifier les crues et les glissements de terrain sur les pentes de la Soufrière. Parallèlement, des périodes de sécheresse plus longues et plus fréquentes réduiront les débits d’étiage, concentrant les polluants et fragilisant les écosystèmes aquatiques. L’élévation du niveau marin, estimée entre 0,3 et 1 m à l’horizon 2100, accentuera l’érosion de la plage de Grande Anse et remontera la zone salée à l’intérieur du lit fluvial, menaçant les captages littoraux. Dans ce contexte, la résilience de la rivière repose sur plusieurs leviers concrets que vous pouvez soutenir ou mettre en œuvre.
Un premier axe repose sur la restauration physique des milieux : replantation de ripisylve, suppression de certains obstacles au transit sédimentaire, renaturation des berges artificialisées. Ces actions renforcent la capacité de la rivière Grande Anse à encaisser les crues sans dégâts majeurs et à maintenir des habitats fonctionnels en période d’étiage. Un deuxième axe consiste à améliorer la gestion quantitative de l’eau : réduction des fuites sur les réseaux d’eau potable, optimisation de l’irrigation agricole, limitation des prélèvements en période critique. À l’échelle de la Guadeloupe comme de la Gaspésie ou de La Réunion, ces mesures rejoignent les engagements pris dans les plans d’adaptation locaux.
La meilleure assurance face aux risques climatiques pour une rivière littorale reste un bassin versant vivant : couvert végétal dense, sols peu compactés, lits non artificialisés.
Enfin, un dernier axe, plus immatériel mais tout aussi crucial, concerne la culture du risque et l’éducation au territoire. La connaissance des itinéraires de crue, des zones inondables et des comportements à adopter en canyon ou en bord de plage fait partie intégrante de la résilience. Si vous pratiquez le canyoning dans la rivière Grande Anse, suivre les bulletins météo, renoncer en cas de doute et vous faire accompagner par des professionnels qualifiés reste une règle de base. Pour les habitants comme pour les visiteurs, apprendre à lire les signes avant-coureurs d’une montée rapide des eaux, comprendre d’où vient le sable de la plage ou pourquoi certains secteurs sont laissés « sauvages » aide à accepter des choix d’aménagement plus sobres, pensés pour laisser à la Grande Anse l’espace nécessaire à ses métamorphoses naturelles.
Accepter une part de liberté pour la rivière Grande Anse, c’est garantir à long terme la sécurité des personnes, la beauté de la plage et la richesse de la biodiversité qui attire tant de visiteurs.